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    November 11

    Poésie de Stéphane Mallarmé

     
     

     

     

     

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    L'Azur.

    De l'éternel azur la sereine ironie
    Accable, belle indolemment comme les fleurs,
    Le poëte impuissant qui maudit son génie
    À travers un désert stérile de Douleurs.
     
    Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
    Avec l'intensité d'un remords atterrant,
    Mon âme vide. Où fuir? Et quelle nuit hagarde
    Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant?
     
    Brouillards, montez! Versez vos cendres monotones
    Avec de longs haillons de brume dans les cieux
    Qui noiera le marais livide des automnes
    Et bâtissez un grand plafond silencieux!
     
    Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
    En t'en venant la vase et les pâles roseaux,
    Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse
    Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.
     
    Encor! que sans répit les tristes cheminées
    Fument, et que de suie une errante prison
    Éteigne dans l'horreur de ses noires traînées
    Le soleil se mourant jaunâtre à l'horizon!
     
    - Le Ciel est mort. - Vers toi, j'accours! donne, ô matière,
    L'oubli de l'Idéal cruel et du Péché
    À ce martyr qui vient partager la litière
    Où le bétail heureux des hommes est couché,
     
    Car j'y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
    Comme le pot de fard gisant au pied d'un mur,
    N'a plus l'art d'attifer la sanglotante idée,
    Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...
     
    En vain! l'Azur triomphe, et je l'entends qui chante
    Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
    Nous faire peur avec sa victoire méchante,
    Et du métal vivant sort en bleus angelus!
     
    Il roule par la brume, ancien et traverse
    Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr;
    Où fuir dans la révolte inutile et perverse?
    Je suis hanté. L'Azur! l'Azur! l'Azur! l'Azur!

    Stéphane Mallarmé